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Quelles missions pour le sport

Quelles missions pour le sport

Outre le fait que le sport engendre dans son sillage l’apprentissage de certaines valeurs, maîtrise de soi, savoir être, …. Valeur aussi de dépassement physique, de réussite sportive et parallèlement réussite sociale pour les meilleurs. Aujourd’hui le sport peut-être considéré comme un moyen d’insertion, de reconnaissance sociale. Qu’il soit collectif ou individuel, chaque enfant qui ait ou non connu un parcours de réussite, qui se sent exclu, pense pouvoir ainsi obtenir cette reconnaissance.

Il va assimiler son identité à l’image d’athlètes connus dans leur discipline. Cette appropriation de l’image se manifeste d’abord par la tenue vestimentaire, puis dans les jeux de jeunes entre bandes dans le quartier et enfin la signature d’une première licence dans un club. Pour le peu qu’il se fasse remarquer dans son équipe, il pense alors être engagé dans la voie du succès. Le suivi de ses études peut alors s’il n’est pas bien encadré, le conduire à s’adonner à son sport au détriment de ces études.

Quelques uns sont repérés et orientés dans les Centres de Formation de grands clubs. Je voudrai à ce niveau d’analyse de cet exposé orienter l’étude vers le parcours d’un jeune qui emprunte cette voie.

J’en parle plus aisément pour avoir travaillé comme responsable de la scolarité dans un grand club de football du Nord de la France durant cinq années en tant que bénévole, puis salarié. Et ensuite, en tant que prestataire de service chargé du soutien scolaire des jeunes pensionnaires du Centre.

Pour prendre l’exemple de quelqu’un de connu, je me suis occupé de la formation scolaire de Franck RIBERY, passé professionnel depuis.

On peut considérer que ces clubs, jouent un rôle important dans la formation d’un jeune qui arrive dans ces structures. Si l’objectif premier d’un club est de chercher à repérer et former les talents de demain, il ne faut en oublier pour autant la responsabilité scolaire qu’ils se doivent d’assumer vis-à-vis des familles, qui transmettent à ces clubs la charge de l’ éducation scolaire de leurs enfants. Les parents sont d’autant plus vigilants, qu’ils sont conscients, pour la plupart, des aléas que rencontreront leurs enfants.

En effet, ne sortent pas de ces Centres que de futures vedettes. Au fil des années un écrémage s’effectue. Les meilleurs sont conservés, les autres invités à regagner leurs foyers respectifs ou à trouver un autre club professionnel s’ils souhaitent poursuivre l’expérience.

Aussi du fait de ces aléas sportifs, la scolarité est tout aussi importante que la formation sportive, si ce n’est plus. Si l’Etat, par voie législative ou réglementaire, a imposé des obligations en la matière aux clubs pour les replacer devant leurs responsabilités, on a l’impression aujourd’hui qu’en la matière on assiste à un retour en arrière du fait des intérêts financiers qu’engendre la formation de jeunes sportifs.

Selon leurs moyens, la politique scolaire des clubs est différente, on distingue en général de type d’organisation scolaire.

D’une part le conventionnement d’horaires aménagés avec des établissements scolaires du secteur, avec l’accord des partenaires institutionnels.

D’autre part, la création par les clubs de C.F.A. (Centres de Formation d’Apprentis – métiers du sport) ou d’Ecoles Techniques Privées.

Dans le cas de CFA ou d’Ecole Technique Privée, on peut se demander à qui profite la mise en place d’une telle structure.

Je voudrai m’attarder sur cette dernière solution. Financièrement, elle peut permettre aux clubs de percevoir la taxe d’apprentissage. Mais qu’en est-il des formations proposées. Quand on connaît l’importance des enjeux économiques engendrés par les résultats d’une équipe professionnelle, on imagine mal, sauf pour de rares clubs, un lourd investissement dans la scolarité.

Or, pour un jeune qui arrive à 15 ans dans de telles structures, la scolarité revêt une importance de premier ordre. En effet, les élus sont peu nombreux à rejoindre l’élite. Il est même déjà arrivé qu’une génération complète ne soit conservée (cas du FC Nantes, il y a quelques années).

De plus, proposer à des jeunes des formations à caractère sportif, est-ce sensé ? On sait que des formations telles que le CAP des métiers du Football, ne vaut plus rien aujourd’hui. Que dire des Brevets d’Etat, dont les titulaires, sont souvent d’anciens professionnels qui ne trouvent plus d’emploi, la filière étant bouchée.

Certains clubs dans le cadre de ces Ecoles Techniques privées, proposent la préparation aux BEP ou BAC via les cours du CNED. L’intention peut paraître louable de prime abord, mais il faut avoir vu au moins une fois les contenus des cours et les exercices proposés, pour se rendre compte que sans l’aide d’un enseignant ou d’un formateur aux côtés de l’élève, l’abandon interviendra très rapidement.

Et que dire de la psychologie de l’enfant, enfermé à longueur de journée dans un environnement clos, sans contact avec le monde extérieur, ne bénéficiant que de très peu de congés lui permettant de retourner dans sa famille.

Il faut aussi compter avec la pression mise par les éducateurs plus soucieux des résultats sportifs que de l’équilibre de l’enfant.

Ces éducateurs qui n’ont aucune considération de la réaction d’un jeune fréquentant ces Centres. Considéré par ses copains de quartier, quand il entre chez lui, comme une référence, et qui une fois « jeté » n’ose plus sortir de chez lui, parce qu’il se considère comme un raté, un bon à rien.

Pour un club, un jeune représente une valeur marchande à venir, un investissement.

A chacun son métier

Pour un bon équilibre de l’enfant, et pour assurer son épanouissement, il est bon que la scolarité se fasse en dehors du club, avec un accompagnement scolaire adéquat. Encore faut-il que la responsabilité de cette fonction soit assurée par une personne ayant une compétence en matière de formation.

Il faut surtout laisser à l’enfant la possibilité d’évoluer à son rythme tant sur le plan scolaire que sportif. Une attention particulière et une écoute attentive doivent être portée à l’enfant

Or souvent cette fonction de responsable de la scolarité est confiée à un ancien du club au chômage, quand on ne confie pas cette mission à un vendeur de porte à porte !

Ainsi, il faut savoir qu’un jeune sorti d’un Centre de Formation aura toujours la possibilité avec un bon bagage intellectuel et sportif la possibilité de pouvoir asseoir un rang social correct. En effet, dans un club amateur, il pourra se voir proposer un travail lui permettant d’assurer son avenir.

Dans de telles conditions, on peut dire que l’apprentissage d’une discipline sportive aura jouée sa mission d’insertion.


Eric DUTRIEUX

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